Alidou Compaoré : l’homme qui accompagne la collectivité à prendre son destin en main

A quarante ans, dont 17 passées dans l’animation, Alidou Compaoré est une carte vivante de la province de l’Oubritenga (Région du Plateau Central) qu’il a parcourue, de long en large, à plusieurs occasions. Depuis trois ans maintenant, ce natif de Nomgana, localité située à 18 km au nord-est de Ouagadougou, la capitale burkinabè,met son talent d’animateur communautaire au service de l’Association manegdbzanga (AM). Alidou Compaoré et quatre autres de ses collègues formés dans les thématiques de démocratie et participation par Solidar suisse interviennent directement dans les villages de cinq communes de la provincepour éveiller les consciences des populations à la démocratie.

Nomgana, 17Février 2016, dans la salle de réunion de l’association. Après cinq bonnes minutes de conversation animée, Alidou raccroche son téléphone. « C’étaient les femmes de Gounghin, un village d’Absouya, souffle-t-il. Elles veulent que je vienne leur rafraichir la mémoire sur les critères qui doivent guider le choix de leurs futurs conseillers municipaux ». Cette demande des femmes de Gounghin n’est pas fortuite. Dans deux mois environ, les populations des 351 communes du Burkina Faso seront appelées aux urnes pour choisir leurs conseillers municipaux.
Les femmes de Gounghin n’entendent pas jouer les seconds rôles. C’est pourquoi elles souhaitent approfondir la discussion qu’elles ont eue avec l’animateur-relais en prélude aux élections présidentielle et législatives passées. À l’occasion, le groupe avait discuté du processus électoral, du fair-play et de la gestion des crises en période pré et post-électorale, etc.

Tout comme les populations des villages d’Absouya, celles des villages rattachés aux communes de Dapelogo, Loumbila, Nagréongo, Ourgou-Manéga, Ziniaré et Zitenga ont tenu, à l’initiative de Solidar Suisse et de l’association Manegdbzanga, son partenaire local, des réunions de sensibilisation sur la démocratie et la participation.
Des rendez-vous de plus en plus appréciés.

Après trois années d’activités sur le terrain, Alidou Compaoré ne doute point de l’intérêt des communautés rurales pour la bonne gouvernance. Il en veut pour preuve la mobilisation grandissante des villageois, séance après séance. « Au début, je ne pouvais pas réunir 10 femmes et 20 hommes. Mais actuellement, nous avons demandé et obtenu des mégaphones pour nous faire entendre par la foule. Nous réunissons souvent jusqu’à 70 personnes au cours de nos réunions. » En plus, les réunions font des émules au-delà des villages touchés. « Nous sommes sollicités par les villages voisins que nous visitons qui nous demandent de venir animer des causeries avec eux. »

Équiper les communes pour un service public de qualité.

A l’occasion des animations, les villageois posent les problèmes qui freinent leur pleine participation. « Quand nous les incitons à s’inscrire sur les listes électorales, les populations nous posent parfois des difficultés tout à fait justes. Beaucoup disent ne pas posséder les documents administratifs nécessaires pour se faire enrôler, notamment un extrait d’acte de naissance ». En effet, pour certaines communes, obtenir un document d’état-civil n’est pas aisé. C’est le cas de la mairie de Ourgou-Manéga, qui n’avait pas d’ordinateurs ni de de source d’énergie pour faire fonctionner son service d’état civil. C’est pourquoi Solidar Suisse a doté, en 2014, la commune en équipement nécessaire pour que l’état-civil puisse fonctionner.

Formation et discours éprouvés, le secret pour intéresser

Alidou Compaoré reconnait volontiers que le secret de la réussite des séances de sensibilisation réside dans la qualité des formations et dans une organisation interne éprouvée. « Solidar Suisse nous donne des formations complètes. Avec les formateurs, nous dégageons le message essentiel à porter à nos interlocuteurs des villages. Ensuite, entre animateurs-relais, nous nous assurons d’utiliser les mêmes termes pour traduire les concepts comme démocratie, participation, etc. C’est ce qui fait que nous arrivons à maintenir intéressées et à faire changer progressivement les populations ».