Ecole primaire bilingue (EPB/CMS)

Pour Solidar Suisse, c’est en apprenant dans sa langue que l’on s’instruit vite et mieux. C’est pourquoi nous travaillons, depuis 1994,en partenariat avec l’État,à la prise en compte des langues nationales dans le système éducatif burkinabè.
Les efforts ont abouti à l’adoption en 2007 par l’Assemblée nationale de la Loi d’orientation sur l’éducation dont l’article 10 indique que « les langues d’enseignement utilisées au Burkina Faso sont le français et les langues nationales aussi bien dans la pratiques pédagogiques que dans les évaluations ».

ÉDUCATION DE BASE FORMELLE : L’HISTOIRE D’UNE INFLUENCE POSITIVE SUR LES POLITIQUES EN MATIÈRE D’ÉDUCATION AU BURKINA FASO

Dans le système scolaire burkinabè, les élèves commencent à apprendre dans la langue française ce qui pose un problème d’adaptation et de pertinence du système éducatif. Solidar Suisse qui a une tradition dans les innovations éducatives développe une approche qui valorise les langues nationales.À travers le programme « Éducation de Base Multilingue formelle » nous avons contribué à l’adoption de réformes majeures dans le domaine de l’éducation au Burkina Faso.

L’éducation bilingue : de « l’école au village » à « l’école du village »

Ce volet du programme concerne les enfants d’âge scolaire de 3 à 16 ans. Solidar Suisse, en collaboration avec le ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation, a expérimenté cette approche dans des écoles publiques avec des enseignants formés dans les écoles nationales des enseignants du primaire (ENEP).

Le cycle d’enseignement va du préscolaire au collège multilingue spécifique(post primaire) en passant par l’école primaire bilingue.
D’une seule langue en 1994, l’expérience s’étend aujourd’hui à une dizaine de langues nationales. Le succès de l’éducation bilingue tient en 3 facteurs :
— L’implication et l’appropriation du concept par les communautés : Elles participent directement à la formation des enfants dans des domaines spécifiques comme la production agropastorale et artisanale, la culture et l’enseignement relatif aux connaissances endogènes (contes, proverbes, histoires locales, légendes, …).
— La cohérence de la démarche : Elle établit des passerelles entre le préscolaire, l’école primaire bilingue et le collège multilingue spécifique. C’est le continuum éducatif que nous avons imaginé depuis 2003.
— Le caractère scientifique de la démarche. Le processus associe des compétences interdisciplinaires : grammairiens, linguistes, sociolinguistes, didacticiens, pédagogues…

En 2006, Solidar Suisse a été distingué par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour son apport à l’apprentissage du français à partir des langues nationales.

- En matière d’éducation primaire bilingue

— 39 espaces d’éveil éducatifs ouverts. Cette nouvelle formule d’éducation de la petite enfance est utilisée par d’autres promoteurs au Burkina Faso
— 226 écoles primaires bilingues fonctionnelles au cours de l’année scolaire 2015-2016 dans les 13 régions du pays dont 215 EPB de l’État, 8 EPB de l’Église catholique et 3 du privé non confessionnel ;
— 9 langues enseignées : mooré, dioula, fulfuldé, bissa, dagara, gulmacema, lyélé, nuni, kassim en complémentarité avec le français ;
— 69,28%de taux moyen de succès au CEP sur la période de 1998 à 2015 (cursus de 5ans contre une moyenne nationale de 66,90% au plan national (cursus de 6 ans).

- Pour les collèges d’enseignement secondaire multilingue spécifique (CMS)

— 3 CMS créés à Loumbila (province de l’Oubritenga), Dafinso (province de Houet) et Tanyoko (province du Sanmatenga) ;
— En 2014, taux de succès au BEPC de 35,84% contre un taux de succès national de 28,62%. En 2015, le taux de succès des CMS est passé à 51,78%

Koumbo Diallo : bilingue un jour, bilingue pour toujours

Ancienne pensionnaire de l’école bilingue fulfuldé-français de Nomgana, Koumbo Diallo y est retournée craie en main. Elle enseigne depuis 2012 dans cet établissement primaire bilingue qui enregistre 42 élèves de la 1re à la 4e année.

En cette matinée de mercredi, Koumbo Diallo a principalement dans son programme deux matières dans sa classe de 3e année : anndalHiisa et anndaldiidi. « Quand on dit andall, c’est la connaissance, le savoir. Andalldiidi c’est savoir tracer. Andallhiisa, c’est la connaissance des nombres, savoir calculer » explique l’enseignante. En clair, il s’agit de l’arithmétique et de la géométrie en langue fulfuldé. C’est l’utilisation de cette langue nationale dans l’enseignement qui fait la particularité de cette école. Sur un cursus de 5 années aboutissant à l’examen du certificat d’études primaires (CEP), le fulfuldé occupe une place prépondérante dans les programmes d’enseignement. « Le niveau va décroissant de la première année à la cinquième année. En première année, l’enseignement est fait à 90% en langue fulfuldé. Seule, unematièreest enseignée en français. En 5e année, la proportion descend à 10% » détaille le directeur de l’école, LeihabibeDicko.

De l’élève à l’enseignante, une histoire passionnée

Entre l’école bilingue et Koumbo Diallo, il y a une histoire qui dure depuis 18 ans. Elle est en effet un pur produit de ce système d’éducation. « En 1998 j’ai été inscrite à l’école. On nous a dit qu’on nous avait inscrit à l’école mais on ne savait pas que c’était une école bilingue » se remémore-t-elle. Pour autant, elle loue le ciel pour cette chance. Passée haut la main à l’examen du Certificat d’études primaires (CEP) en 2003, elle intègre le collège multilingue spécifique de Loumbila. Ce collège est la suite logique de l’éducation bilingue au niveau collège. « Là, il y a toujours des matières spécifiques qui sont enseignées. Il y a le fulfuldé, la production, c’est-à-dire l’élevage et culture maraichère, la culture… »

Au bout de 4 ans d’études, elle décroche son brevet d’études du premier cycle (BEPC). Ce sésame ouvre la voie au second cycle de l’enseignement secondaire. Mais Koumbo Diallo fera le choix, après la classe de seconde, de tenter sa chance au concours d’entrée à l’École nationale des enseignants du primaire. « Les conditions n’étaient pas réunies pour que je puisse continuer. Il fallait que je travaille pour pouvoir venir en aide aux parents » se justifie-t-elle. Après 2 années de formation, elle est apte à enseigner. Être institutrice, elle l’a toujours rêvé. « C’est un métier que j’ai aimé depuis l’école primaire, peut-être inspirée par mon maître. Je voyais en lui celui qui connait tout. Enfant, je rêvais d’être comme lui ».

Son premier poste l’amène dans une école classique dans la commune de Ourgou Manéga. Un an après, on la sollicite pour enseigner dans l’établissement où elle a fait ses armes. « Elle avait des compétences, elle a été formée sur la base de l’éducation bilingue. Elle sait lire et écrire en langue fulfuldé. En plus, il y a vraiment un besoin d’enseignants qui présentent ce profil. C’est pourquoi elle a été approchée » confie son directeur.